Le "sujet-médusé"
Jérôme Glicenstein, extraits de: "La place du sujet dans l'oeuvre interactive"
Le "sujet-médusé"
Les années quatre-vingt ont peu fait cas des velléités participatives des années antérieures. Ce qui a paru se mettre en place, c'est finalement bien au contraire, une situation de réhabilitation de l'idée d'aura, de l'idée d'auteur génial ou inspiré et irremplaçable. L'"art" en tant que "valeur ajoutée" et objet de spéculation (au sens philosophique et boursier du terme) s'est vu nécessairement associé aux notions de mystère, d'initiation et de vérités révélées. Le sujet-médusé qui se constitue est désormais mis en demeure de se laisser prendre au piège, trompé mais consentant, victime de son plein gré des artifices de l'art, s'en remettant dorénavant pour ce qui est de son jugement aux "médiateurs privilégiés" que sont entre autres l'artiste qui "donne à voir" et le critique qui "donne à penser".
Le marché, en tant que toile de fond de la plupart des stratégies artistiques des années quatre-vingt, n'est évidemment pas étranger au fait que l'ensemble des acteurs du monde de l'art s'est, avant toute chose, mis à "vendre" de la singularité, de l'inaccessible, de l'auratique. Ce contexte a cependant contribué aussi, pour une part, à restreindre tout accès —autre que superficiel— aux oeuvres pour le grand public.Et ce —il faut souligner le paradoxe—, en dépit d'un accroissement sans précédent de l'offre privée ou institutionnelle d'expositions en tous genres. La justification de ce type de revirement élitiste, propre aux années quatre-vingt,
a fréquemment eu comme fondement le principe selon lequel, l'oeuvre ne donnerait à voir au(x) spectateur(s), au travers d'un médium artistique, que le produit d'un langage autonome de l'artiste. L'oeuvre ouvre un monde, instaure un ordre. De ce point de vue, elle ne semble pas être du côté de l'éventualité, de l'indétermination, mais bien au contraire de l'impératif dicté par l'"ego" d'un artiste-démiurge tout-puissant. Elle ne peut donc s'offrir, simplement "ouverte", au(x) spectateur(s), mais nécessite une médiation tenant lieu en quelque sorte de fermeture par l'initiation "hermétique", d'où à l'époque l'inflation du nombre des "médiateurs" en tous genres.
Le "sujet-médusé"
Les années quatre-vingt ont peu fait cas des velléités participatives des années antérieures. Ce qui a paru se mettre en place, c'est finalement bien au contraire, une situation de réhabilitation de l'idée d'aura, de l'idée d'auteur génial ou inspiré et irremplaçable. L'"art" en tant que "valeur ajoutée" et objet de spéculation (au sens philosophique et boursier du terme) s'est vu nécessairement associé aux notions de mystère, d'initiation et de vérités révélées. Le sujet-médusé qui se constitue est désormais mis en demeure de se laisser prendre au piège, trompé mais consentant, victime de son plein gré des artifices de l'art, s'en remettant dorénavant pour ce qui est de son jugement aux "médiateurs privilégiés" que sont entre autres l'artiste qui "donne à voir" et le critique qui "donne à penser".
Le marché, en tant que toile de fond de la plupart des stratégies artistiques des années quatre-vingt, n'est évidemment pas étranger au fait que l'ensemble des acteurs du monde de l'art s'est, avant toute chose, mis à "vendre" de la singularité, de l'inaccessible, de l'auratique. Ce contexte a cependant contribué aussi, pour une part, à restreindre tout accès —autre que superficiel— aux oeuvres pour le grand public.Et ce —il faut souligner le paradoxe—, en dépit d'un accroissement sans précédent de l'offre privée ou institutionnelle d'expositions en tous genres. La justification de ce type de revirement élitiste, propre aux années quatre-vingt,
a fréquemment eu comme fondement le principe selon lequel, l'oeuvre ne donnerait à voir au(x) spectateur(s), au travers d'un médium artistique, que le produit d'un langage autonome de l'artiste. L'oeuvre ouvre un monde, instaure un ordre. De ce point de vue, elle ne semble pas être du côté de l'éventualité, de l'indétermination, mais bien au contraire de l'impératif dicté par l'"ego" d'un artiste-démiurge tout-puissant. Elle ne peut donc s'offrir, simplement "ouverte", au(x) spectateur(s), mais nécessite une médiation tenant lieu en quelque sorte de fermeture par l'initiation "hermétique", d'où à l'époque l'inflation du nombre des "médiateurs" en tous genres.
5 Comments:
"un pur 'pour soi', totalement subjectif, sans norme pour se confronter à autrui, relèverait de ce dont on ne pourrait strictement rien dire"
"Encore combien de fois faudra-t-il dire
ce qu’on a dit et redit maintes fois ?
Combien de fois encore rêver d’un langage
Non asservi aux mots comme en ces jours
Où tout tremblant d’un timide désir
On n’avait soif que d’étreintes silencieuses
Qui comblent mieux que les plus graves échanges ?"
L'art véritable apparaît là où on ne l'attend pas, où personne ne pense à lui ni même ne murmure son nom. L'art déteste être reconnu et salué par son nom. Il s'enfuit aussitôt.
L'art est un personnage épris d'incognito.
Alors, serait-il un "personnage" réincarné dans un utilisateur anonyme qui énoncerait la "véritable" imposture « de la vérité » et qui en exécrerait les effets. S’il en reste muet et « s’enfuit aussitôt », épris par sa propre illusion, que redoute-t-il ?
un peu de carne, d'incarna, de récarné, qui confine à cet anonymat depuis lequel rien ne peut plus s'énoncer, seul l'émasculé lève encore son masque et en est fier.
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